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Erika Donis

Poison Minéral (extraits du roman) :

photo: M. Jaupart - 2015



Poison Minéral

 

Extraits de romans et photos par l'auteur. Tous droits réservés. ©

L'oiseau rouge

 

  Inespérée. Quelques peignes plantés dans les cheveux, en jupe courte, minuscule veste rouge et talons hauts, elle pénètre dans la salle. Je la vois avant même qu’elle prenne la mesure des regards qu’elle attire à sa façon d’ouvrir la porte vitrée, creusant les reins et entrouvrant les lèvres dans la poussée. Debout, les mains se resserrant autour de sa veste, on dirait d’elle qu’elle oscille entre le plaisir et la crainte d’être remarquée. Mais ce rouge qui l’habille m’indique qu’elle ne se montre pas ici pour l’amour de l’art, ni pour le snobisme de l’afficher.

   Sous la jupe, ses jambes se croisent de manière à serrer les cuisses comme pour en barrer l’accès au miroir du parquet ciré. Serait-elle de ces femmes qui se troublent et s’effarouchent pour un mot, un regard, un effleurement ? Souvent pour une idée ? De ces femmes dont les pensées ne sont jamais tout à fait nettes, qui empruntent les alambics pour mieux s’y perdre et les impasses pour être certaine d’y être acculée…

   Une petite taille et un visage commun m’obligent à user de détours remarquables. Dans le cas présent, il serait à la fois utile et amusant de saigner publiquement l’artiste que ma proie naïve écoute s’égarer dans une philosophie chancelante. Car je connais la fêlure où m’immiscer pour vaincre mieux la pédanterie de ce rival qui glose autour des nœuds depuis vingt-cinq ans.
Moi, je suis comme un coin d’acier qui se pose sur la fibre...

   J’écoute, je regarde, je mesure, je calcule. Le voici qui contourne la question portant sur l’innovation dans l’art pour nous offrir un montage branlant sur les traditions séculaires orientales. J’attends. Mon hésitation n’est pas une faiblesse mais un signe de l’intelligence à l’instinct. J’aiguise mes questions dans ce délai, choisis au mieux l’endroit et le moment, et vise avec le plus grand soin. Jamais ma voix ne tremble.

   Survient l’instant que j’attends. Le sculpteur se découvre, justifiant par la douteuse philosophie du bondage, sa manie de nouer des cordes autour du bois sec. D’un coup de marteau que je veux imprévu pour surprendre tant ma proie sur le terrain de l’érotisme que mon rival sur le plan du discours, je frappe sans manquer mes cibles.
- Où voyez-vous similitude entre une chair entravée, capable de souffrance autant que de plaisir, et une baguette de bambou ? Je ne vous suis pas.
Ainsi je pénètre crûment ce bois qui jouait au dur mais qui se fend aussitôt. Instant jubilatoire où j’obtiens la certitude que se pose sur mes paroles, le trouble de ma proie. Premier regard croisé, et déjà le feu grimpe dans son cou.
- Symbole et méditation autour de ce symbole… le bambou vibre en résonnance avec la main du sculpteur, contre-t-il, raidi.
Au départ biaisé, l’argument se met à boiter.
- Résumons. Par la méditation, vous obtenez le plaisir et la souffrance du morceau de bambou ligaturé. Le bambou n’a pourtant pas la réputation des bois dont on se chauffe…
Et voilà le fumiste qui s’enfonce, croyant remonter l’écran des théories en rappelant les caractéristiques techniques du bambou. Coupe, chauffe, ceintrage, bains… Laissé sans surveillance, son accent populaire d’origine ressurgi comme une acné sur la peau lisse de son éloquence
. Je souris.
- Nous sommes loin de la sensualité de l’artiste quand vous nous parlez de vos chalumeaux...

   Alentour, on tente d’amortir le martèlement de mes paroles par des appels à la pondération et à la mesure, mais c’est le souffle ténu de l’oiseau rouge voletant autour de mon piège que je perçois et qui me grise.
Raidi par la vexation, le sculpteur lance maîtrise technique pour étançonner le montage.
Un dernier coup pour la bousculer, elle.
- Oui, nous comprenons bien le procédé. Quelques nœuds appris à l’Unité scoute Saint Charles, le ceintrage du bambou enseigné à l’atelier de votre père, rue de Mons… Mais où se situe exactement la sensualité du sculpteur après qu’il ait maitrisé la technique ?
Il ouvre la bouche, la referme. La pointe s’enfonce d’autant, vibrante du cri muet du rival dont les arguments philosophiques s’écartèlent et craquent… Ainsi le sculpteur enflé d’orgueil disparait malgré lui sous le fabricant de meubles qu’il était au départ. Il vacille au milieu des copeaux de sa démonstration, bientôt, s’agenouillera sur ses thèses réduites en poussière.

   A l'écart, l'oiseau frémit, ensanglanté, le plumage touché par les éclats.

   Pas un instant, le sculpteur n’a envisagé de n’être en réalité que le moyen et non la cible.

Gilles, le 10 février 2013

(... à suivre)

Le Chat (1)

Le 13 mars.

Ma chérie, par ce temps, impossible de sortir ! Madame Moulin a parlé de risques de verglas et je ne voudrais pas te causer des embêtements en me cassant le col du fémur. Le plus triste pour moi étant de devoir annuler mon séjour auprès de mon cher Raymond…

Si tu dois faire quelques courses (tu ne dois pas y aller rien que pour moi !), peux-tu me prendre du lait demi-écrémé en bouteille d’un demi-litre (6x), un filet d’oranges à jus (celles du Champion sont meilleures) ainsi que quatre bananes pas trop mûres ? Et si tu vas du côté de la gare, passe chez Sprimont. Il faudrait du jarret de veau pour l’osso bucco de Raymond. Ne regarde pas au prix et à la quantité, ça se congèle très bien. Pour moi, choisis un filet de porc bien tendre, d’environ 125 grammes. Puis, chez Coulon, prends-moi un demi-gris et un complet (j’ai l’impression d’avoir les intestins encombrés). Mais si tu ne dois pas aller de ce côté, ne fais pas le détour par pour ça ! Même si le pain blanc ne me convient plus du tout, il m’en reste deux croûtes au congélateur. Puis, à mon âge, on peut se passer de viande !

J’oubliais… Figure-toi que les Denoeud ont déménagé en laissant leur chat aux bons soins du quartier. Comme personne ne veut s’en occuper, peux-tu profiter de tes courses chez Aldi pour prendre un petit paquet de croquettes ? Les moins chères conviendront. Je t’embrasse.

Tante Yvonne.

 

(A suivre...)

Le Chat (2)

Le 06 avril.

C’est bien ce que je te disais dans mon message d’hier : J’en fais trop ! Ces fréquents séjours à Paris pour voir Raymond commencent à m’épuiser. Mais l’âge l’a rendu tellement dépendant, le pauvre... Quand je ne suis pas là pour veiller sur sa santé, il se nourrit exclusivement de pizzas et de lasagnes.

Je te rassure, les résultats de ma prise de sang sont meilleurs que les siens. Néanmoins, le médecin me recommande repos, sélénium, sels minéraux et vitamines. Alors, chérie, si tu viens me dire bonjour assez rapidement (de préférence demain après-midi), pourrais-tu me réclamer la carte de la pharmacie Boigelot ainsi que la prescription (la fatigue trouble ma mémoire et je crains d’oublier une fois de plus mes propres soucis de santé au profit de ceux de Raymond) ?

Bien sûr, les vitamines ne sont pas urgentes, contrairement au repos... Viens quand tu as le temps, tout en gardant en tête que le médecin me conseille de ne pas attendre l’épuisement avant de débuter la cure !

Ah oui ! Pourras-tu profiter de ton passage à la pharmacie pour demander un produit contre les puces ? Madame Moulin m’a fait remarquer que le chat des Denoeud en est infesté et comme cette sale bête a la mauvaise habitude de se frotter à mes jambes quand je vais au potager, je crains d’être piquée. Je t’embrasse.

Tante Yvonne (à suivre...)

 

Le chat (3)

Le 17 mai.

Cette chaleur est insupportable. Non seulement je ne retrouve plus mes lunettes de soleil (j’ai dû les oublier chez Raymond le mois dernier) mais j’ai aussi perdu le chapeau de paille que tu m’as offert voilà deux ans. Tu penses bien que par ces températures, je ne risquerais pas de sortir nu-tête et sans protection ! D’autre part, le médecin préconise une heure de marche par jour, vu que l’inactivité ankylose (et quand je vois ce que devient madame Moulin, l’inactivité a de quoi faire peur ! A vivre entre ses quatre murs, elle marche comme une tortue et n’a plus que le chat des Denoeud à qui parler !)

Tout ceci pour te dire que si tu vas dans le centre ville un de ces jours, ma chérie, ce serait gentil de me racheter des lunettes de soleil (le nouveau modèle de chez Kenzo est superbe), de la crème protectrice (la bio de la Clé des Champs conviendrait) et un chapeau de paille à larges bords, doublé coton, dans des tons qui iront avec mon sac Gucci. Peux-tu également prendre une brosse et des croquettes au poulet du Delhaize pour le chat ? Je t’embrasse.

PS : T’ai-je dit que l’histoire des puces était inventée de toute pièce, probablement dans l’espoir que je chasse le chat de mon jardin ? Je soupçonne aussi madame Moulin de vouloir nourrir ce SDF félin pour l’attirer chez elle !

Tante Yvonne (... à suivre)

Le Chat (4)

Le 07 juin.

Merci encore, ma chérie, pour les bas varices et le collier du chat. Je ne te l’ai pas dit au téléphone… Madame Moulin venait de lui en offrir un ! Mais un collier rose pour un chat roux, c’était d’un tel mauvais goût… On dirait qu’elle s’amuse à le ridiculiser, le pauvre ! Puis, tu devrais l’entendre bêtifier quand elle lui parle !
Désormais, grâce à ce collier en cuir que tu as très bien choisi, ce petit SDF ne ressemble plus à une sorte de prostituée. Et rassure-toi ! Pour ne pas froisser la voisine, j’ai enterré le collier rose dans le compost.

A propos, avec le beau temps, je laisse souvent ma porte ouverte. Tu devines bien que c’est impossible d’empêcher cet animal d’entrer… Avec l’engrais, le pulvérisateur et le manche du coupe-bordure, pourrais-tu prendre ces croquettes en sac de cinq kilos que l’on trouve chez Jardin-Loisir, ainsi que de la litière et un bac au cas où… ?

Je te laisse ici car le jardin est une jungle… j’en ai pour des semaines à désherber et tailler avant de partir à Paris (Raymond s’ennuie sans moi, il pleure pour qu’il pleuve !).
Je t’embrasse.

PS : Si tu passes chez Match, prends-moi quelques pizzas bolognaise à mettre au four. Pas le temps pour la cuisine !

Tante Yvonne

Le Chat (5)

Le 03 juillet.

En vitesse, avant que tu partes au Crotoy… Peux-tu me faire rembourser les croquettes que tu as achetées chez Jardin-Loisir  la semaine passée? Ce petit salopard de SDF n’en veut plus. Figure-toi qu’il préfère les boîtes « bœuf aux légumes » de Dame Moulin ! Comme si les chats mangeaient des légumes ! J’ai fait comme tu m’as dit : Je l’appelle à l’heure de sa pitance mais voilà maintenant trois jours que je n’ai plus vu cet ingrat se coller à la fenêtre de la cuisine ! Si tu dois faire quelques courses, (avant ton séjour au Crotoy de préférence), tu trouveras facilement les boîtes de bœuf aux légumes (10X) au supermarché Match. J’allais oublier : Prends aussi du Côte d’Or aux noisettes entières pour Raymond car je pars dans trois jours pour Paris. Je suis inquiète, il m’a semblé très diminué, la dernière fois…

Merci, ma chérie. A tout à l’heure, j’espère. Je t’embrasse.

Tante Yvonne

 

Le Chat (6)

Le 04 juillet.

Il n’est pas revenu… Forcément, la voisine le séquestre dans sa véranda pendant des heures pour le gaver de bœuf aux légumes!

Je sais que tu dois préparer les sacs des enfants et que tu es très occupée. Néanmoins, si tu dois faire une petite course de dernière minute avant de partir au Crotoy (les filles auront certainement besoin de quelque chose !), peux-tu acheter en urgence un assortiment de chez Shéba (j’ai vu que les boîtes « saumon » et « canard » étaient en promotion au Champion) ?

A tout de suite. Je t’embrasse.

Tante Yvonne

 

Le chat (7)

 

Le 05 juillet.

Ce petit mot juste avant ton départ pour te dire qu’il adore le Shéba au canard ! La voisine s’est s’époumonée pendant plus de trois heures pour lui offrir son bœuf aux légumes, mais vu qu’il pleut, jamais mon chat n’a voulu quitter le haut de la bibliothèque du salon. Je lui ai fait une sorte de niche parmi les ennuyeux essais philosophiques que m’a demandés Raymond, bien plus confortable que ce coin de véranda humide où la voisine le séquestrait. Elle n’a pas inventé la poudre à récurer, la Moulin !

Embrasse les enfants pour moi et bonnes vacances.

Tante Yvonne

Le Chat (8)

Le 07 juillet.

Je suis à Paris, sur l’ordinateur de Raymond. Quel ennui, cet appartement avec vue sur la rue de Rennes et Raymond qui ronfle dans le fauteuil, branché à sa bouteille d’oxygène ! J’ai plus de conversation et d’écoute avec mon chat !

Figure-toi ma chérie, que naïvement, je pense avoir annoncé sur Facebook mon séjour de deux semaines à Paris. Dixit Raymond entre deux râles, il semblerait que les voleurs soient à l’affût de ce genre d’informations ! Au cas où tu devrais rentrer plus tôt du Crotoy (je devine que les enfants s’ennuient déjà sans la télévision), peux-tu aller voir à la maison si je n’ai pas été cambriolée ? Pourrais-tu également profiter de ton passage pour vérifier que le chat est bien nourri ? Ca m’ennuie d’avoir dû laisser ce soin à la Moulin. Vu qu’elle ne lui donne à manger que dans le but de me priver de la compagnie de mon chat, elle serait capable de cesser de l’alimenter par vengeance, puisqu’il l’a quittée. Tout à fait dans son genre…

PS : Rapporte-moi des salicornes et de la ficelle du Crotoy. Et si tu passes sur le port avant ton départ, prends donc quelques morceaux de poisson frais pour mon chat.

Tante Yvonne

Le Chat (9)

Le 10 juillet.

Encore merci d’être passée à la maison avec le poisson et les boîtes de Shéba, ma chérie. Ça m’a fait plaisir de te revoir ainsi que les enfants, bien que je vous ai trouvé un peu tendus et pas très bronzé. Il est vrai que quatre jours de plage, c’est un peu court pour faire de vraies vacances.

Je suis désolée de t’avoir inquiétée avec cette histoire sur Facebook… Quand Raymond a appris que tu rentrais plus tôt, il en a toussé de fureur ! Tout juste s’il ne m’accusait pas d’avoir voulu saboter tes vacances. Il est vrai aussi que j’aurais dû te prévenir que je quittais Paris une semaine plus tôt que prévu.

Mon chat a aimé le hareng frais mais je pense qu’il préférera le bœuf haché. Peux-tu passer en prendre 300 grammes chez Sprimont ?

Tante Yvonne

Le Chat (10)

Le 13 juillet.

Tu boudes toujours ta petite tante Yvonne ? Pas de réponse à mes messages depuis la veille… Avec les ennuis qui me tombent dessus, ce n’est pas le moment de me laisser tomber, ma chérie, mais je comprends que tu sois trop occupée avec la varicelle de Violette et les dernières frasques de Julienne. Le bien-être de tes filles est prioritaire et crois bien que je trouve normal que tu ne te précipites pas chez le vétérinaire pour les coliques dont risque de mourir mon pauvre petit chat.

A ce propos, j’ai mené ma petite enquête. Il y a fort à parier que la voisine lui ait laissé ses restes de table avariés pour l’attirer à nouveau chez elle… Figure-toi qu’elle n’a toujours pas compris que les chats n’ont qu’une maison, et qu’il est inutile de les enfermer, de les gaver et de leur raconter des sottises pour les amadouer. J’ai eu beau le lui dire,  et même le lui crier (vu qu’elle est sourde), cette pauvre sénile s’obstine par tous les moyens à retenir mon chat sous son toit. Penses-tu que je dois prendre un taxi pour montrer mon chat au vétérinaire ?

Tante Yvonne

Le Chat (11)

Le 28 juillet.

Il me faut des Lexomil et des Xanax ! Le dépit, la rancœur, rendent folle la Moulin ! Il y a une semaine, séquestration de mon chat dans son infecte véranda avec gavage au pâté de foie moisi et aux spaghettis rancis (j’entendais mon pauvre minou appeler au secours dans mon sommeil !). Quand il a pu s’échapper, mon petit chat a tout vomi au pied de mon lit (merci encore, chérie, d’être venue m’aider à nettoyer les dégâts sur la moquette). Menacer cette cinglée avec le sarcloir n’a pas été suffisant pour la calmer. Il y a deux jours, nouvelle tentative d’empoisonnement avec les conséquences gastro-intestinales que tu devines ! Jusqu’où ira-t-elle ? Qu’en penses-tu ? Dois-je appeler la police ?

A propos, ne t’inquiète pas pour Julienne. Il semblerait que de nos jours on aille plus facilement en prison pour maltraitance envers les animaux que pour quelques grammes de haschisch.

Tante Yvonne

Le Chat (12)

Le 30 juillet.

Ma chérie, je sais bien que tu es déjà passée à la pharmacie pour prendre les Lexomil… Néanmoins, peux-tu repasser chez Boigelot en urgence pour acheter du vermifuge? Le vétérinaire a diagnostiqué que c’étaient les parasites qui faisaient vomir Minou. Te rends-tu compte ? Des vers ! Et moi qui pensais que c’étaient d’honnêtes spaghettis ! Cette horrible femme ne reculera devant aucun effort pour assassiner mon pauvre chéri ! Et la police ne veut rien faire ! Bien au contraire, c’est moi qui récolte des ennuis pour quelques graviers jetés par maladresse sur les carreaux de sa véranda ! Figure-toi que les flics refusent d’entendre qu’à mon âge, la vue diminue et l’on a vite confondu l’allée avec son reflet dans une vitre.

Sidérant : La Moulin inocule sans vergogne des vers à mon chat et m’accuse en plus de le terroriser en fracassant les vitres de sa véranda parce qu’il a fait mine de s’y installer ! Vieille folle ! Comme si j’allais effrayer mon propre chat !

Avec tous ces problèmes, j’ai complètement oublié l’anniversaire de Raymond. Peux-tu lui envoyer une carte de vœux ? Bien sûr, tu peux signer pour moi si tu n’as pas le temps de passer à la maison après le psy avec Julienne…

Je t’embrasse.

Tante Yvonne

 

Le Chat (13)

Le 13 août.

Je suis consternée. Je n’ai jamais imaginé que la bêtise pourrait atteindre ces limites, nouvellement fixées par la voisine. Après avoir réussi à débarrasser mon pauvre Minou des vicieux ascaris qu’elle glissait sournoisement dans les restes de viande, je pensais pouvoir dormir tranquille. C’était sans compter sur sa cruauté. Figure-toi que la Moulin a acheté du Shéba pour achever de perturber mon chat. Désormais, il ne sait plus à quelle gamelle se vouer, et voilà pourquoi depuis deux semaines il mange aux deux râteliers !

Le vétérinaire (un gars obtus que je ne conseillerai pas !) refuse de faire entendre raison à la voisine. Cependant, il est inquiet et parle d’obésité féline ! Je suis au désespoir car jamais mon chat ne voudra des croquettes de régime qu’il lui a prescrit ! Faut-il me résoudre à l’enfermer durant quelques jours? Le voir gratter à la porte me fait penser à cette pauvre Julienne, placée hier en garde à vue pour quelques joints. J’en ai eu les larmes aux yeux et après deux heures, je lui ai ouvert la porte...

Tante Yvonne, bien malheureuse.

 

Le Chat (14)

 

Le 16 août.

J’espère, ma chérie, que tu es plus en forme que ta vieille tante Yvonne… Je me sens bien seule depuis que mon chat n’est plus rentré. Bientôt trois jours d’absence… Tout au plus m’offre-t-il un regard lourd de reproches quand je lui parle au travers de la haie. Entre croquettes de régime et Shéba au foie de veau, il a choisi l’obésité et la voisine… Comment aurait-il pu comprendre que ce régime, c’était pour son bien ?

Mais ce n’en est pas fini de mes peines. T’ai-je dit que j’ai appris l’hospitalisation de Raymond par sa fille ? Emphysème et complications cardiaques, m’a-t-elle dit. Entre nous, je ne suis pas certaine qu’elle dit la vérité. C’est le genre de fille un peu manœuvrière qui a toujours aimé me culpabiliser. De toute façon, dans l’état où tous ces malheurs m’ont mise, je partirai avant son père, c’est certain. J’y pense… Ça fait longtemps que je n’ai plus vu Julienne… Peux-tu lui demander de passer avec le lait pour chat et les croquettes de régime ? Je ne suis pas au bout de mes idées pour lutter contre le rapt de mon chat. Puis, ça fera du bien à ta fille de prendre l’air après sa garde à vue.

Je t’embrasse,

Ta pauvre vieille tante Yvonne

Le Chat (15)

Le 25 septembre.

Ma très chère nièce… Etant donné ce qui s’est passé entre nous le mois dernier, j’ai beaucoup hésité avant de t’écrire ce mail. Je n’ai pas oublié que tu m’as interdit de te recontacter, ainsi que mes petites nièces adorées, mais quand j’ai appris que la dénonciation de la Moulin avait été sans conséquence pour Julienne et que la perquisition chez toi n’avait révélé aucun recel ou trafic suspect, je me suis dit que tu serais probablement vexée si je ne te mettais pas au courant du décès de mon cher Raymond. Au risque que mon message t’irrite, pas question de me comporter comme la fille de Raymond qui m’a appris la mort de son père par un faire-part tardif alors qu’il était enterré depuis deux semaines ! (Si tu veux faire porter des fleurs au cimetière de Montparnasse, peux-tu prendre un bouquet de lys blancs pour moi ? Cinquante euros, livraison comprise, me semble un montant correct. De toute façon, ce ne sont pas quelques fleurs sur un monticule de terre qui me rendront mon ultime amour !)

Ne t’inquiète pas, ma chère nièce. Je ne me plaindrai pas de solitude dans ce message, car tu me répéteras à nouveau que je l’ai bien cherché, et tu ne tenteras pas plus que le mois dernier de comprendre mon souci de sauver la vie d’une petite créature, d’abord abandonnée, puis que l’on a cherché ensuite à rendre stupide, ingrate, et obèse…  Néanmoins, certaine de cette bonté que tu caches souvent derrière ton caractère impulsif, je veux profiter de ce message concernant la perte de mon cher Raymond, pour te rassurer doublement :

Mon chat (que Julienne a rebaptisé Cannabis) n’est pas mort d’overdose (même si tu l’as souhaité, t’en souviens-tu, dans cette scène injuste à propos de l’aide que j’avais demandé à ta fille). Julienne et moi n’avions pas si mal jaugé la quantité de haschisch à mettre dans son lait afin de créer l’accoutumance. Il est à l’instant sur mes genoux, bavant sur le clavier de mon nouvel ordinateur (je n’aurai pas la dureté de te demander le remboursement de celui que tu as fracassé au sol).

Quant à madame Moulin, l’arrivée de l’ambulance n’était pas la conséquence d’un infarctus dû à mes « manœuvres vengeresses» pour châtier sa dénonciation (contrairement à ce que tu m’as laissé entendre) mais celle d’une sévère allergie aux poils de chat qui a nécessité l’aide respiratoire et la prise massive d’antihistaminiques.

Excuse ta pauvre vieille tante d’avoir été un peu longue dans son mail, ma chère nièce. Tu apprendras qu’à mon âge, on n’a plus que le contact humain pour tenir jusqu’au lendemain.

Ta tante Yvonne.

FIN

Le 102

 

   Vingt heures vingt, gare du Nord. Mon bagage crapahutant derrière les talons et les semelles poissées par du chewing-gum, j’atteins le quai pour rejoindre la file qui se forme devant la portière de la huitième voiture du Thalys. Départ dans cinq minutes. A l’intérieur, bouchon dans l’allée. L’employé consulte mon billet, « siège 103, passez par la septième voiture, madame »… Je repars en arrière, manœuvrant ma valise comme un labrador en laisse. Je la hisse, pesante, sur la plate-forme et sens aussitôt cette douleur articulaire à l’épaule se réveiller.
103… m’y voici. Mon voisin est déjà installé, tablette rabattue pour un pique-nique qui sent la charcuterie à l’ail et les cornichons au vinaigre. Ses deux sacs de toile sont étalés sur mon siège. L’éducation étrange que j’ai reçue engendre le réflexe d’une excuse. Amusant : Etre née en 1932 au sein d’une famille bourgeoise oblige une femme de 80 ans à se navrer de désirer s’assoir… Le regard de mon voisin grimpe de mes jambes osseuses à mon cou plissé de tortue, un bref et mécanique sourire répond au regard que je veux aimable et enfin, ses mains graissées par le beurre débarrassent mon siège des sacs. Le 102 les place avec une certaine brusquerie sur le porte-bagage et se rassoit pour ouvrir son ordinateur, ignorant la vieille femme dans l’allée qui peine avec sa valise.

   La jucher là-haut est un puissant exercice pour une femme dont l’âge a fondu les muscles. Dans un serrement de mâchoires qui indique héroïsme, effort et douleur, je parviens à la soulever quelque peu mais mon arthrite me gêne et mon épaule cède aussitôt…
Uppercut de la valise sur les articulations abîmées, cri de la victime, rattrapage du bagage au détriment des poignets et ultime rebond des tendons pour éviter que ce soient les orteils qui fassent la réception ! C’est finalement la jeune femme du 108, deux sièges plus loin, qui se lève pour m’aider.

   Effondrée sur mon siège dans les effluves de salami, je me masse l’épaule. Prise par l’effort, je n’ai pas perçu que nous quittions la gare. Le Thalys glisse sur les rails sans produire un choc et les bâtisses défilent déjà. A côté, bruissement d’un film sur le portable du 102, froissement du papier gras, désordre sur la tablette, relents du soda et des sauces… Je sors un roman de mon sac à main et change de lunettes pour lire.

   Un accoudoir pour deux, c’est toujours problématique… Après avoir reçu quelques coups de coude, je renonce à soutenir confortablement mon bras endolori et me prends à rêver d’un voyage en première classe jusqu’à l’arrivée du contrôleur… Comme j’ai pour habitude de glisser mon billet dans mon livre en guise de marque-page, et le retrouve sans peine.
Moins d’organisation pour le 102. Il fouille ses poches, sourit, confus, au contrôleur, s’excuse, approfondit la recherche, s’excuse à nouveau, et reprend la fouille en commençant par le haut. Poche intérieure de la veste, poche poitrine de la chemise, poches révolver du pantalon… En vain. L’employé des chemins de fer attend avec patience. Reprise de la fouille après une volée d’explications marmonnées dans un sourire gêné.  Le 102 finit par soulever son ordinateur portable, puis ses fesses, et enfin se tord pour regarder sous la tablette… Je note qu’il a commencé à rougir.

   Vingt heures quarante-cinq. Le contrôleur a consulté sa montre et s’éloigne, promettant de revenir dans un quart d’heure.
Les papiers d’emballage des sandwiches sont rouverts, la poubelle est fouillée, les poches à nouveau palpées… « C’est dingue », me dit mon voisin… Je lui souris, politesse d’un autre âge oblige, puis tente de me replonger dans mon roman tandis qu’il ouvre puis ferme son ordinateur, rabat la tablette et se courbe à nouveau pour regarder sous le siège. « Je ne comprends pas… »

   Vingt et une heures. Afin que le 102 puisse vérifier que son billet n’a pas été déposé distraitement dans l’un de ses sacs, me voilà dans l'obligation de refermer mon livre et de quitter mon fauteuil. Debout dans l’allée, j’observe les sacs s'ouvrir sur mon siège. Nouvelle fouille parmi un matériel éclectique. Appareils photo, lots de crayons et de feutres, règle en bois, carnets de croquis, mots-croisés, revues d’infographie, paquets de biscuits, canettes de soda… Bientôt, ses sous-vêtements, tee-shirts et chemises s’étalent en paquets froissés. Les sacs sont retournés comme des poches, les fonds rigides démontés. Il soupire, me rappelle que c’est incroyable… J'approuve de la tête, affichant ma solidarité pour sa situation.
Examiné par les voyageurs que sa mésaventure distrait, suant et désespéré, il rabat enfin nos deux tablettes et se contorsionne pour se mettre à quatre pattes dans l’exigüité qui sépare les sièges des dossiers.

   Debout avec mon livre, le dos appuyé contre le montant du siège, je finis par attirer une nouvelle fois la compassion de la jeune femme du 108 qui me fait signe de prendre le fauteuil vacant à côté d’elle.
Vingt et une heures dix. Le contrôleur repasse. Le 103 est devenu 109 tandis que le 102 s’agite de plus belle, se traînant bientôt pour chercher sous le siège du 98 et fouillant les moindres interstices à l’aide de sa règle en bois.
De ma confortable position, masquée par mon livre, je scrute l’acharnement du 102 à retrouver son billet perdu et constate l’abondance de sa sudation. Après avoir vidé une nouvelle fois ses deux sacs devant le contrôleur, rouvert son portable, retourné ses poches, rampé dans l’allée, chassé avec sa règle la poussière, les débris de cacahuètes, les miettes de pain et les emballages de chocolat enfouis entre les fauteuils, le voilà qu’il entreprend de démonter la tablette fixée au dossier du 98, bafouillant des excuses à l’adresse de la passagère qui encaisse les à-coups avec une exaspération montante.

   Les aisselles moites, la chemise trempée, il utilise la règle pour écarter la tablette et glisser sa main dans l’espace étroit. La règle se brise. Le 102 gémit sous la pression. Ses phalanges s’écrasent et sa peau s’écorche. Le voilà qui saigne. La main bandée par son mouchoir, rouge de colère et de confusion, il désigne son ordinateur, marmonne alentour qu’il peut prouver au contrôleur qu’il a bien payé son billet…
Ainsi s'écoulent les vingt minutes qui suivent : Installée comme au théâtre, à regarder le 102 gesticuler, s’écheveler et transpirer face à la résistance des écrous de cette tablette où son billet aurait pu glisser, et à l’écouter bredouiller son incompréhension devant la disparition mystérieuse de son titre de transport.

   Le Thalys ralentit. Nous voici à Bruxelles, bientôt cernés par les quais de la gare du Midi… Je referme mon livre comme deux mains qui voudraient applaudir. Mais pour la finale, survient une nouvelle fois le contrôleur. Et c’est dans l’urgence que le 102 tente de remettre en place la tablette qu’il a démontée en vain. L’amende pour la destruction du matériel ferroviaire risque d’être sévère…
Je me lève, salue l’artiste du sourire de la vieille dame qui en a tant vu qu’elle peut tout pardonner.
Aimable costume que cette peau de vieille dame qui a enterré son orgueil dans la glaise de ses tendinites et de son arthrite... Je laisse volontiers la jeune femme du 108 extirper ma lourde valise hors du porte-bagage, la tirer et la déposer sur le quai.
- Merci, mademoiselle… fort aimable…
Si fragile, la vieille dame…
La jeune femme me tend la main, et dans un sourire qu’elle retient avec difficulté, le regard fixé sur les marches du wagon, elle m’aide à descendre.
Je souris, confuse, vaguement contrite. Mais déjà, elle s’éloigne en riant… La fine mouche ! Elle a vu le billet du 102 adroitement fixé par le chewing-gum à la semelle de ma chaussure.

Tante Yvonne, le 11 mars 2013

L'anéantissement de Lydie

 

« Je t’en veux d’exister, d’avoir existé… »

   Amputé de la rectification à l’infinitif passé, Lydie aurait pu trouver, une fois encore, dans cette phrase qui conclut le message qu’elle vient de recevoir, de quoi apaiser ses doutes, car « Je t’en veux d’exister » lui aurait donné la preuve de son importance. Mais dans ce message de Jean, Lydie ne reçoit que la confirmation de son existence passée.

   Bien sûr, le ton dramatique de ces quelques mots, quasiment définitif, a perdu le pouvoir de faire naître des images de désolation et de sécheresse. Les trop nombreuses frousses de Jean déguisées en mâle responsabilité ont rendu molle sa peur du désert. Les mirages ne sont pas sources de vie, se dit-elle en évaluant le volume des messages allant décroissant. Aurait été bienvenu le temps des projets enfantés par les rêves.

   Mais le monde imaginaire qu’ils ont créé ensemble, Jean et elle, vole en éclat contre un écueil domestique qui au départ n’était pas censé la concerner. Ce matin, le sombre et puissant Seigneur s’est fait surprendre devant l’écran de son portable (la dernière vidéo de ses méfaits sur le corps de sa captive? Lydie n’a pas obtenu les détails…). Il s’est fait surprendre par son épouse.  

   « Je t’en veux d’exister, d’avoir existé…
En quoi Lydie est-elle responsable de l’imprudence de Jean? Pourquoi lui en veut-il ? Ce n’était pas convenu de cette manière. N’était-elle pas captive, déresponsabilisée, à la merci du Seigneur qui la détenait ? N’était-ce pas l’obéissance ou le châtiment ? Et peu souvent, elle a désobéi. Et lorsqu’elle désobéissait, ce n’était jamais que pour des questions de sous-vêtements non conformes ou de regards trop hardis, en toute conscience de la punition qui l’attendait, qu’elle espérait et redoutait dans le même temps, prise, entièrement, par le jeu.

   Le jeu se terminerait donc ici, sur ce message conclusif, comme si la rancœur avait peu à peu changé de cible. Lydie sourit, fatale. Après tout, ne l’a-t-elle pas su dès le premier échange ? La fin d’une histoire est inscrite dans ses préliminaires. Il était déjà question de rancœur conjugale…

   Au travers de ses confidences, au travers de ce vitrail déformant constitué d’exaspération, d’ennui et de rancœur, Jean lui dressait le portrait d’un quotidien constitué d’une chiche complicité et de mesquines étreintes ; d’une vie commune dont il s’échappait par le biais de petites lâchetés, représailles calculées, infidélités bâclées…  Leur histoire, à Jean et elle, aurait été différente. Ils la construiraient lentement et en régleraient soigneusement les détails pour n’y installer que le plaisir.

   « Je t’en veux d’exister, d’avoir existé… » Ce message laconique signifie que le quotidien rance l’a emporté sur la folie et la joie. Il signe la fin du jeu. Ainsi sont les choix des cyniques et des rationnels. Sitôt la fièvre retombée d’un degré ou deux, ils se disent, au fond, qu’ils ne sont pas si mal dans leurs vieilles pantoufles… Et l’ennui, mortel, finit toujours par les emporter.

Lydie, le 09 février 2013

 

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fateh raik | Réponse 08.03.2014 10.05

j'aime bien tes écrits. j'en ai lu quelques uns. le 102 m'a fait bien rigoler!

erika 08.03.2014 12.54

Merci pour ta visite, Fateh... Bienvenue chez moi.
Amicalement,
Erika

Pierre | Réponse 01.03.2014 12.09

Bonjour,
j'aime énormément l'Oiseau Rouge. Ce type me fait horreur mais il me fascine. Quelle cruauté !

erika 01.03.2014 12.39

Les manipulateurs exercent une fascination incroyable sur leurs victimes. Merci pour ce ressenti, Pierre. Un grand plaisir pour moi... A bientôt.

Marc Archippe | Réponse 26.02.2014 14.45

Vous devriez aller y faire un tour... Il lance une campagne pour vous ! C'est comme cela que je suis passé vous lire.

erika 26.02.2014 16.22

En réalité, je n'avais pas fait le lien entre ce nom de "Créateur Franco" et le groupe "Créateurs francophones" dont je fais partie.
Bien sûr, je connais

Marc ARCHIPPE | Réponse 26.02.2014 12.18

Vous le connaissez... Je suis d'un œil (souvent distrait certes...) le groupe de discussion de Mr Nadoulek sur LinkedIn (la vieille poule...vous voyez?)

Erika 26.02.2014 12.55

J'y suis!! Merci encore pour votre intérêt, Marc.
Bonne réussite à vous,
Erika

Marc Archippe | Réponse 26.02.2014 11.12

Comment vous aider? Recherche de premier éditeur ? Je suis tombé par hasard par Créateur Franco que je lis régulièrement sans bien comprendre...

erika 26.02.2014 12.01

Merci pour votre visite, Marc... Je vais tenter de m'informer sur ce site "Créateur Franco".
Amicalement,
Erika

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Commentaires

26.05 | 11:15

Merci pour ta visite, mon Jacky!
Bises à toi.

...
26.05 | 01:34

Super cousine , Madame Nature

...
26.05 | 01:04

Merci Marianne!

...
26.05 | 00:43

C'est très beau

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